
PETIT PAYS
Petit pays, tu me racontes une histoire, mais tu ne sais plus si c’est la tienne.
Es-tu un pays imaginaire ? Oublié ? Effacé ?
Les chemins pour te visiter sont-ils ensevelis sous la terre ou bien la mer ?
Peut-être n’ont-ils jamais existé.
Petit pays, ton drapeau est délavé et transparent.
Il est muet.
Est-ce un linceul ?
Ou un drapeau blanc qu’une guerre sans fin a sali ?
Petit pays, tu ne dis rien dans ta langue.
T’en souviens-tu ?
Est-ce que tu avais un mot pour te nommer ?
Un accent venant de ton sud, ton nord,
Un accent et des noms uniques pour dire
Cette fleur ou ce vent qui ne vivent qu’ici ?
De quels rites es-tu l’héritier, petit pays ?
Combien de vies ont éclos dans ta main et combien de morts
reposent dans l’autre ?
Te souviens-tu de ceux qui ont aimé, crié, pleuré ici ?
Petit pays, tu me réponds seulement que tes souvenirs sont flous.
Plus tu te racontes, plus l’image s’enfuit.
Alors tu préfères te taire.
La seule chose dont tu te souviennes est écrite ici :
Un cœur nouveau, un vent nocturne jouant des feuilles, une accalmie entre deux tempêtes, une scène de grand amour, des animaux courant dans l’herbe haute et fleurie, une promenade d’enfant riant.







