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«Dessiner, c’est un jeu dont la règle s’invente au fur et à mesure du geste.»

Ma pratique artistique place le geste au centre, comme un hommage à l’acte de créer, mais aussi comme un positionnement politique. À l’heure où les images circulent, se consomment et s’oublient à grande vitesse, je revendique la lenteur, la matérialité et l’engagement du faire.

Je développe un travail qui circule entre plusieurs médiums — de la presse à gravure à la performance, de l’image numérique au collage — dans une recherche d’intemporalité du geste. Ces allers-retours ne sont pas seulement formels : ils permettent d’élargir l’empreinte du corps, de déplacer et transformer l’acte de création.

Je détourne notamment des outils numériques en les ramenant vers des processus artisanaux.

Dans la série Capturer l’écran, j’imprime des images issues de la performance Wave’s Spectra, puis je recrée manuellement des bugs et artefacts numériques par le collage. Ce déplacement interroge notre rapport aux images et redonne au geste une place centrale. Dans Wave’s Spectra, peindre en direct et video-projeter le geste à grande échelle permet d’en amplifier la portée, de lui donner une dimension que le support seul ne pourrait contenir.

Le motif de la main traverse mon travail comme une ligne temporelle reliant les premières empreintes rupestres aux pratiques contemporaines. Elle est à la fois outil, trace et symbole : parfois visible, parfois dissoute dans le mouvement. Avec le monotype, cette relation devient essentielle. Mes mains y deviennent pinceaux, laissant des empreintes uniques, directes, presque archaïques. Chaque image est une trace du corps, une mémoire en train de se faire.

Il y a dans ce contact une dimension sensuelle : effleurer la plaque de zinc, travailler l’encre avec la peau, faire disparaître l’outil au profit du corps. La main devient identité, surface sensible, lieu de transformation.

Mes séries d’estampes explorent cette tension entre geste et mémoire. Certaines reposent sur la répétition, où la couleur, travaillée dans la masse, convoque des souvenirs diffus de lumières et de reflets. D’autres, comme Un chant radieux ou Le ciel tout entier, sont réalisées par une danse minutieuse entre la main et la plaque, puis rehaussées au crayon. Ce qui s’imprime, c’est autant une image qu’un mouvement.

En parallèle, j’étends la peinture vers la performance : le corps devient image et outil. Chaque œuvre propose un espace de contemplation où il ne s’agit plus de comprendre, mais de ressentir.

Dans un contexte où la sensibilité est souvent dévalorisée, je la revendique comme une force.

Prendre le temps de regarder, laisser l’image résister, demeurer énigmatique, est un acte de résistance. C’est une manière de rouvrir un espace intérieur, un « pouvoir du dedans », et de redonner à l’imaginaire sa capacité à produire du sens.

Ma pratique est aussi un territoire de rituels. Je fabrique certains de mes outils, développe des exercices picturaux, mets en place des conditions de concentration. Chaque geste est préparé, habité, nécessaire.

Rester dans le faire, dans une forme d’artisanat contemporain, est pour moi essentiel. C’est dans cette attention au geste que se loge la possibilité d’un autre rapport au monde.

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